Le blog de Klaus-Gerd Giesen


A propos de sa façade

4 mars 2016

Sa façade translucide fait évidemment illusion. Elle brille à tout instant, mais son éclat agace vite. Sans relief ni profondeur, elle ne saurait jamais éblouir, et la prépotence qu’elle prétend incarner n'est qu'apparence: au fond tout le monde sait que la vraie vie, tangible et non fragmentée, se trouve ailleurs, mais pour l’instant personne ne semble y croire réellement. Un peu comme les hommes enchaînés dans la caverne de Platon.

 

Puissant accélérateur et impassible homogénéisateur, le capitalisme transforme toute chose en marchandise, et n'existe pourtant qu’éphémèrement: c'est un animal de parade, une créature loufoque conçue pour dessins animés, une sorte de figure de Carnaval. Selon les besoins, il crachera du feu, de l'or ou du veau, mais on le brûlera lors des fêtes, et comme le phénix il renaîtra aussitôt de ses cendres pour la fête suivante.

 

Ses baies vitrées absorbent, tel un insondable trou noir dans l’espace extraterrestre, presque toutes les lumières et énergies, tout en miroitant vers l’extérieur des visions glaciales et tronquées de la réalité, extraites de nos pires cauchemars. Elles jettent un mauvais sort à la cité entière. Tôt ou tard celle-ci se souviendra de la vulnérabilité des cathédrales en verre.